L’OIMI entend promouvoir des recherches comme des monographies, des articles, des conférences, des documentaires et autres documents audiovisuels, traitant des dynamiques contemporaines de l'islamisme en relation avec les aspects politiques, sociaux, culturels, religieux et économiques dans le monde arabe ainsi qu’en Amérique du Nord où l'islamisme est assez présent.

Axe 1 : Islam politique au pouvoir

Arrivés au pouvoir, les courants islamistes sont forcés de passer de la sphère sociale à la sphère politique, des slogans faciles et séducteurs (ex : l’Islam est la solution) à l’action gouvernementale relevant de critères d’efficacité, de crédibilité, de transparence, etc. Ces nouveaux acteurs politiques sont désormais jugés et évalués, non pas sur la qualité de leurs prêches religieux ou de leurs discours contestataires, mais sur leur respect des règles démocratiques, leur efficacité économique, leur savoir-faire diplomatique et sur la transformation sociale de leurs pays. Le premier bilan des islamistes au pouvoir semble décevoir : montée des tensions entre les classes moyennes sécularisées et les diverses mouvances islamistes; précarité de la situation sécuritaire; promesses électorales non tenues comme la rédaction de la Constitution à l'unanimité et non à la majorité, l’amélioration de la situation sociale et la réduction du taux de chômage, etc.

Les islamistes sont-ils incapables de gérer la situation économique et politique des pays du printemps arabe? Leur popularité est-elle en chute libre? Y a-t-il encore des rebondissements à attendre dans ces pays? Pourquoi les Frères musulmans ont-ils échoué en Égypte? Qui a échoué en Égypte : la démocratie ou l’islamisme? La Tunisie, la Libye et la Syrie risquent-elles de connaître le même sort que l’Égypte?   

Cet axe de recherche se consacre à l’évaluation de cet exercice du pouvoir, aux évolutions, aux transformations et aux défis des courants islamistes du Moyen-Orient depuis 2011.

Axe 2 : Discours islamiste dans la modernité avancée

Le monde arabo-musulman, avant et après ce qu’on appelle « le printemps arabe », est entièrement absorbé par le débat entre deux projets d’États, l’un islamiste, l’autre moderniste. Actuellement au pouvoir, comment les islamistes qui se présentaient comme une contestation totale à la modernité sociopolitique, se positionnent-ils face aux valeurs d’une modernité (État de droit, démocratie, sécularisation de l'espace public, Droits de l'Homme, égalité de tous les citoyens et parité entre les hommes et les femmes) promue de par le monde arabe post-révoltes populaires de 2011? En bref, quel est l’éthos discursif islamiste par rapport à la modernité?

Cet axe vise à comprendre le phénomène complexe de l’islamisme dans son rapport avec la modernité, en cernant les prises de position adoptées par les islamistes contemporains à l'égard des valeurs de la modernité, dans toutes ses dimensions – religieuse, historique, juridique, sociologique et politique – et en analysant leurs productions discursives par rapport à la modernité, leurs métamorphoses, leurs généalogies et leurs tendances émergentes.

Axe 3 : Discours et pratiques des islamistes dans une perspective comparative

Sous cet axe, l’observatoire vise, à partir de données premières et secondaires, à soutenir la constitution et le développement d’un savoir comparatif, synthétique et pertinent des discours et pratiques des différents mouvements islamistes existant dans un même pays ou entre des islamistes de mêmes appartenances idéologiques existant dans des pays différents.

Le principal objectif de cet axe est de parvenir à une meilleure compréhension du phénomène de l’islamisme en dégageant les différences et les ressemblances entre les discours des différents mouvements qui ont accédé au pouvoir pour mieux comprendre leurs trajectoires dans la mise en place de mécanismes de gouvernance. Ces parcours sont-ils similaires ? Existe-t-il des différences notoires? Ce qui se passe en Égypte risque-t-il de contaminer la Tunisie? Pourquoi?

Une attention particulière sera attribuée à l’analyse et à la comparaison des transformations au sein des discours islamistes des deux partis au pouvoir en Tunisie (Mouvement Ennahda) et en Égypte (Parti de la liberté et de la justice) sur la question de la liberté de religion et de conscience.

Axe 4 : Islamisme dans les relations internationales

Cet axe se consacre au rôle de l’islamisme comme acteur international non étatique dans les relations internationales post-printemps arabe, avec des questions plus générales : Le printemps arabe bouscule-t-il la donne sur la scène internationale? Quelles seront les conséquences géopolitiques de l’arrivée des islamistes au pouvoir au Moyen-Orient? Quelles formes de relations entretiendront- ils avec les États-Unis, l’Europe, la Turquie, l’Iran, les pays du Golfe arabo-persique et Israël?

Quelles seront les répercussions de la politique étrangère des pays du printemps arabe sous l’ère des islamistes pour la sécurité régionale? Quels sont les enjeux plus généraux de paix et de sécurité internationale de ce nouveau Moyen-Orient à coloration islamiste? L’arrivée au pouvoir des islamistes au Moyen-Orient affaiblit-elle l’islamisme radical et le djihadisme transnational?

La chute de Mohamed Morsi en Égypte marque-t-elle la fin de la prééminence des Frères musulmans dans le monde arabe? Quelles seront les conséquences géopolitiques de cette chute?

Patrice Brodeur : Cofondateur 
Wael Saleh: Cofondateur et coordonnateur